Comment l’inflation touche votre épargne
L’inflation, c’est la hausse générale des prix. Si votre argent ne progresse pas au même rythme, il achète un peu moins chaque année, alors que votre solde n’a pas changé. Elle n’apparaît sur aucun relevé, et c’est ce qui la rend facile à sous-estimer.
Comment on la mesure en France
L’Insee publie chaque mois l’indice des prix à la consommation (IPC). Il suit l’évolution des prix d’un panier de biens et de services représentatif de la consommation des ménages : alimentation, énergie, loyers, transports, santé, loisirs. Quand on lit que « l’inflation est de 2 % sur un an », cela signifie que cet indice a progressé de 2 % par rapport au même mois de l’année précédente.
La Banque centrale européenne vise une inflation de 2 % à moyen terme dans la zone euro. Ce n’est pas une garantie, mais c’est l’ordre de grandeur que l’on retient souvent pour des projections de long terme.
Votre propre inflation peut être différente de la moyenne. Un ménage qui consacre une grande part de son budget à l’énergie ou au loyer ressentira davantage une hausse de ces postes.
Ce que cela fait à une somme qui dort
Prenons 10 000 € laissés sur un compte courant, sans intérêts :
- Avec 2 % d’inflation par an, ils n’achètent plus, au bout de 10 ans, que ce que 8 203,48 € achètent aujourd’hui.
- Avec 2,5 % par an pendant 20 ans, ils ne valent plus que 6 102,71 € en euros d’aujourd’hui : près de 39 % de pouvoir d’achat perdu.
Vu sous l’autre angle : un panier qui coûte 100 € aujourd’hui en coûtera 134,39 € dans 10 ans si les prix augmentent de 3 % par an.
Rendement nominal et rendement réel
Le rendement nominal est celui qui est affiché : le taux d’un livret, la performance d’un fonds. Le rendement réel est ce qui reste une fois l’inflation déduite. C’est lui qui dit si vous vous enrichissez vraiment.
Rendement réel = (1 + rendement nominal) ÷ (1 + inflation) − 1
Un placement à 3 % avec 2 % d’inflation donne un rendement réel d’environ 0,98 %. On approche souvent ce résultat par une simple soustraction (3 − 2 = 1 %), ce qui suffit pour des taux faibles.
Un rendement nominal positif peut donc cacher une perte réelle. Si un livret rapporte 1,5 % alors que les prix augmentent de 2,5 %, votre épargne grossit en euros mais perd environ 1 % de pouvoir d’achat par an.
Les livrets réglementés et l’inflation
En France, le taux du Livret A et du LDDS est fixé par les pouvoirs publics et révisé en principe deux fois par an, selon une formule qui tient compte notamment de l’inflation. Il suit donc l’inflation avec un certain retard, sans la compenser forcément à tout moment. Ces livrets ont d’autres atouts : capital garanti, disponibilité immédiate et intérêts exonérés d’impôt et de prélèvements sociaux. Ils sont adaptés à une épargne de précaution, pas forcément à un objectif à 20 ans.
Le livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux ménages aux revenus modestes, offre un taux plus élevé. Les conditions d’accès figurent sur Service Public.
Comment en tenir compte dans vos projets
1. Raisonnez en euros d’aujourd’hui. Un capital de 300 000 € dans 30 ans paraît confortable, mais avec 2 % d’inflation par an, il équivaut à environ 165 000 € d’aujourd’hui. Le calculateur de retraite affiche directement ce montant corrigé.
2. Relevez vos objectifs lointains. Si vous visez l’équivalent de 20 000 € d’aujourd’hui dans 15 ans, il vous faudra plus de 20 000 € à l’échéance. Le calculateur d’inflation vous dit combien.
3. Comparez les rendements après inflation. Un placement qui affiche 4 % ne vaut pas la même chose selon que l’inflation est à 1 % ou à 4 %. Le TCAM d’un placement passé doit être mis en regard de l’inflation sur la même période.
4. Adaptez le support à l’horizon. Pour une somme dont vous aurez besoin bientôt, la sécurité compte plus que la protection contre l’inflation. Pour un horizon long, des placements plus risqués peuvent viser un rendement réel positif, mais sans garantie.
La règle de 72 appliquée aux prix
La règle de 72 permet d’estimer en combien de temps les prix doublent. À 2 % par an, il faut environ 36 ans ; à 3 %, environ 24 ans ; à 6 %, environ 12 ans. C’est une façon simple de rendre concret un pourcentage qui semble faible d’une année sur l’autre.
En résumé
L’inflation ne fait pas baisser votre solde, elle fait baisser ce qu’il vaut. Pour la prendre en compte, regardez toujours le rendement réel, raisonnez en euros d’aujourd’hui pour les objectifs lointains et gardez à l’esprit que les intérêts composés jouent aussi pour les prix : une inflation modeste, répétée pendant des décennies, pèse lourd.